Le mystère STENDEC

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Quelle était la signification de cette mystérieuse dernière transmission qu'un avion a envoyé juste avant de s'écraser ?


Cet article est une traduction de l'article The Mystery of STENDEC.
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C'est une histoire qui n'a que trop fréquement été racontée dans les annales des désastres aériens. Un avion s'est retrouvé hors de sa route, dans les nuages, avec une visibilité nulle, et encore pire, environné de pics montagneux qui ne pouvaient pas être vus. Ca s'est passé le 2 Août 1947, dans les Andes, dans l'ouest de l'Argentine. Un avion Avro Lancastrian de la British South American Airways, transportant 11 passagers s'est écrasé sur le flanc d'une montagne avec une visibilité nulle alors qu'il amorçait sa descente vers ce qu'il pensait être le Chili. Tous les passagers ont été considérés comme morts, alors que le crash n'avait même pas été confirmé, jusqu'à ce que, 50 ans plus tard , la carcasse de l'avion eût enfin été retrouvée.

STENDEC Lancastrian
Un avion Avro Lancastrian
(Public credit: Public domain)

En eux-mêmes, les faits qui sont arrivés au vol CS-59 de la British South American sont tragiques mais pas vraiment mystérieux. La cause du crash était un "vol contrôlé vers le terrain". Rien n'était cassé, aucun dysfonctionnement, et il était improbable que l'équipage eût même pu voir le crash arriver jusqu'à ce que la falaise presque verticale proche du sommet de la montagne apparaisse à travers la brume. Une seconde plus tard, le Lancastrian était déchiré en milliards de morceaux, glissant dans une avalanche qu'il avait lui-même provoqué. Ses débris ont émergé de la base du glacier, morceau par morceau, à partir des années 2000.

La partie mystérieuse est ce qu'on a pu entendre à la radio juste avant le crash. En ces temps, les communications longue distance s'effectuaient en code Morse. L'équipage avaient fait des compte-rendus réguliers toutes les heures de sa vitesse, de sa position, et de son altitude, tout allait bien. A 17h41, 4 minutes avant leur atterissage prévu, l'opérateur radio, Dennis Harmer, signala leur ETA (N.d.T. : Expected Time of Arrival, soit heure d'arrivée envisagée) à 17h45 et a conclu avec cette expression STENDEC :


stendec-stendec en code morse (mp3)

Le contrôleur au sol de l'aviation Chilienne lui demanda de répéter cela, et Harmer, par deux fois, envoya STENDEC, STENDEC.

Et ça a été le dernier message envoyé par le vol CS-59. Le mystère du mot STENDEC prend sa place parmi les grands cas irrésolus que la tradition des légendes urbaines aime tant.

L'Avro Lancastrian avait commencé sa vie en tant que bombardier anglais Avro Lancaster pendant la 2ème guerre mondiale. Les Lancasters avaient quatre moteurs Rolls Royce Merlin, des moteurs de combat qui ont servis sur la ligne de front, ceux qui équipaient également les derniers chasseurs Spitfire et Mustang. Avec quelques 5000 chevaux sous le capot, les Lancastrians furent très demandés après la guerre pour des utilisations civiles, comme pour la route des Andes. L'équipage et les passagers du vol CS-59 venaient en fait tout juste de traverser l'Atlantique depuis Londres, à bord d'un Avro York, une légère variante du Lancaster, puis avaient changé d'avion et avaient embarqué à bord du Lancastrian pour la fin du trajet.

La JIAAC (équipe d'investigation de l'aviation civile argentine) a trouvé les causes probables du crash, mais seulement après avoir examiné l'épave, à la suite de sa découverte en 2000. A l'époque des faits, la navigation se faisait en estimant un nouveau point à partir de la position précédemment estimée, en fonction de sa vitesse, et de son angle de vol, en faisant des calculs de temps/vitesse/distance car il n'y avait pas de balise radio pour aider à déterminer sa position. Pour voler de l'Est à l'Ouest de l'Amérique du Sud un avion devait lutter face aux vents du Jet-Stream. Si le Jet-Stream était plus rapide que prévu, ces calculs vous conduisaient à penser que vous étiez parvenus plus loin qu'en réalité. Le vol CS-59 avait volé suffisament longtemps pour traverser les Andes, mais sans aucun indices visuels, a commencé sa descente vers le Chili, à travers les nuages. Malheureusement, il est decendu tout droit vers le Tupungato et la catastrophe. Une fois qu'ils se sont retrouvés protégés du vent par la montagne, ils ont été victimes de ce qu'on appelle une vague de Lee, qui implique entre autre d'être plaqué contre le versant de la montagne, et à ce moment, la collision était déjà inévitable. Sans aucune visibilité, ils n'ont presque certainement jamais vu venir quoique ce soit, et même si ils avaient pu voir venir le choc, ils n'auraient rien pu faire. Ce sont exactement les mêmes conditions qui ont causé le crash de l'équipe Uruguayenne de rugby en 1972, qui a inspiré le livre et le film Les Survivants.

Les membres de l'équipage du vol CS-59 étaient tous des pilotes expérimentés de la Royale Air Force et avaient combattu contre les Allemands durant la 2ème guerre mondiale. Le pilote, Reginald Cook, avait effectué plus de 90 missions de combat en vol (les pilotes de la RAF durant la bataille d'Angleterre n'avaient pas vraiment le luxe de rentrer chez eux après après environ 25 missions comme les Américains). Norman Hilton-Cook, le premier officier de Cook, et le second, Donald Checklin avaient quant à eux plus de 2000 heures de vol. Dennis Harmer avait servi comme opérateur radio pendant 3 années de guerre, et sur plus de 600 heures de vol en ligne régulière. Comme équipage, ils avaient traversé plus de 30 fois les Andes, bien que Cook était pour la première fois capitaine d'un vol.

Un tel équipage était certainement au courant du Jet-Stream et des vagues de Lee, mais aucun n'avait auparavant traversé les Andes sans un capitaine expérimenté. Bien que les causes du crash furent des erreurs de navigation additionnées à une erreur de pilotage, l'équipage a fait aussi bien qu'aurait fait n'importe qui avec la technologie de l'époque et les conditions météorologiques dans lesquels la nature les avait poussés.

Mais la découverte en 2000 des vrais causes de l'accident n'a pas enrayé la spéculation sur ce qu'était la signification de STENDEC. Les théories sont même allés jusqu'à envisager les OVNIs, avec certains proposant que le message caché devait avoir été une sorte de mise en garde contre l'enlèvement de l'avion par un vaisseau alien géant. Même des experts en phénomènes médicaux liés à l'aviation sont entrés dans la mélée et ont suggéré que l'équipage eût souffert d'hypoxie. Les Lancastrians n'étaient pas préssurisés, mais l'équipage était équipé de masques à oxygène, et peut-être que Harmer ne portait pas le sien, ou bien qu'il ne fonctionnait pas bien. Mais si c'était ça la raison de son message mutilé, ça semble improbable qu'il ait pu le répéter mot à mot 2 fois, à la demande du contrôleur Chilien.

Toutes sortes de gens ont fait toutes sortes de propositions sur ce que STENDEC pourrait bien avoir voulu dire. Aucune d'entre elles n'est vraiment convaincante. Le plus intéressant est que les lettres forment un anagrame de DESCENT (N.d.T. : descente), et le vol CS-59 était en train de descendre . Est-ce que Harmer a simplement inversé les lettres de DESCENT ? Cela semble tout de même un peu difficile qu'un opérateur radio aussi expérimenté eût fait par trois fois exactement la même faute. De plus, la position de l'erreur aurait pris place au hasard n'importe où dans le mot. Personne n'a jamais fait une telle erreur.

Il a aussi été proposé que Harmer eût mal épelé le nom de l'avion Star Dust (tous les avions de la British American Airways avaient un nom composé de deux mots dont le premier était Star). Cette possible faute a été une théorie populaire, à tel point que la plupart des histoires que vous pouvez trouver sur le vol CS-59 portent comme titre Le mystère du Star Dust ou quelquechose du style. Cependant, à l'époque du vol, personne ne se référait à l'avion avec ce nom non officiel peint sur sa carlingue par la compagnie. Probablement que l'équipage lui-même connaissait à peine le nom de l'avion. Dans les transmissions radio, les avions étaient uniquement nommés par le numéro d'enregistrement, dans notre cas G-AGWH. Et encore une fois, ça aurait été complètement aléatoire et déplacé de placer le nom de l'avion à la fin d'une transmission de routine.

La plupart des autres théories sont que STENDEC était un acronyme composé des premières lettres de mots composant une phrase , et de nombreuse propositions ont été faites. Aucune d'entre elles n'a de sens, car aucun opérateur radio ne communiquerait ainsi, et encore moins ne se répèterait si il n'était pas compris.

Une proposition assez mauvaise est la suivante : "Santiago tower, now descending entering cloud" (N.d.T. : Tour Santiago, maintenant nous descendons, entrons dans nuage), ce qui correspond bien, mais qu'aucun opérateur radio sain d'esprit n'utiliserrait en espérant être compris. Une autre est "StarDust tank empty no diesel expecting crash" (N.d.T. : réservoir du StarDust vides, plus de diesel, crash prévu), qui a cinq problèmes : Harmer n'aurait pas appelé l'avion par son nom non officiel ; Star Dust était composé de 2 mots, et non d'un seul ; les moteurs Merlin ne consommaient pas du diesel ; l'avion n'était pas à cours de fuel ; et Harmer était suffisament expérimenté pour savoir qu'il ne pouvait y avoir aucun espoir que quiconque comprenne un tel acronyme.

Les experts du code Morse ont cherché des solutions dans les subtilités du code composé à la main. Il y a eu une attention particulière portée au signal conposé de trois points suivi d'un trait :


stendec-st en code morse (mp3)

...et ici, ce sont les mêmes deux premières lettres de STENDEC, sauf qu'il y a un espace. Ecoutez bien le court espace entre les points et le trait :


stendec-s-t en code morse (mp3)

Le code Morse utilise aussi un codage spécial composé en général de deux lettres accolées sans espace. La composition des 2 lettres AR signifie "Fin du message" et ressemble à ceci :


stendec-ar en code morse (mp3)

...et voici la même chose, avec les deux dernières lettres de STENDEC, sauf que, encore une fois, il y a un espace après les points :


stendec-e-c en code morse (mp3)

En théorie, STENDEC peut donc vouloir dire ATTENTION - END - END OF MESSAGE (N.d.T. : ATTENTION - FIN - FIN DU MESSAGE). Voila qui est plus raisonable. Et ça pourrait être le message, sauf que ça n'autrait pas eu beaucoup de sens pour Harmer d'envoyer ceci. STENDEC suivait la transmission de leur heure approximative d'arrivée, il aurait donc été étrange qu'il ajoute le signal ATTENTION au milieu du message. De même, ça aurait été une répétition de dire FIN puis de transmettre le code FIN DU MESSAGE. Aucune des autres transmissions de Harmer durant ce vol ne l'a fait, et aucun opérateur radio ne l'a jamais fait, autant que je puisse le savoir. Je pense qu'on peut dire que c'est le mieux que les experts du code Morse puissent faire, et il semble donc qu'il n'y ait aucune bonne réponse à ce que veut dire STENDEC, en admettant que STENDEC est effectivement issu d'une erreur de composition ou d'interprétation du Morse.

Mais est-il vraiment nécessaire de trouver une signification profonde à ce que veut dire STENDEC ? Qu'en est-il des autres transmissions radio brouillées, peu claires, qui arrivent tous les jours et dont personne ne se souvient car elles ne sont pas suivies du crash mortel d'un avion ? J'ai volé de nombreuses fois, et je crois qu'à chaque fois que je m'envole, j'entend quelqu'un qui dit quelquechose que je n'arrive pas à comprendre. Je n'ai aucune raison de suspecter qu'il en était autrement au temps du code Morse. Qui sait ce que Harmer voulait dire ? Le plus probable est qu'il s'apprétait à continuer avec ce qui aurait été une communication compréhensible quand il a été interrompu par le crash. La plupart de ces types avaient à peine plus de vingt ans et Harmer était peut-être juste en train de s'amuser. Mais alors la cause du crash n'avait rien à voir avec ce que Harmer a dit ou n'a pas dit à la radio. Le crash aurait eu lieu de toute façon, et il est probable que si il avait vécu cinq minutes de plus, lui et le contrôleur aérien Chilien aurait pu se comprendre un petit peu mieux, et personne ne se serait souvenu de cette mauvaise communication.

Je ne vois aucune raison de faire un lien entre un mauvais codage ou décodage Morse ou un message conçu par Harmer et le crash. La seule chose qui les relie l'un à l'autre est le fait qu'ils se sont passés à cinq minutes l'un de l'autre. Cependant, le crash ne manque d'aucune explication qui ait besoin d'une interprétation de STENDEC. Considérez le comme une petite anecdote irrésolue de l'histoire, mais une anecdote dont la signification ne va pas au delà de l'intérêt qu'elle a en tant qu'énigme.

Références
  • Dinkins, R. & J. "CW Operating Aids." AC6V's Amateur Radio & DX Reference Guide. Rod Dinkins & Jeff Dinkins, AC6V, 17 Jan. 2008. Web. 29 Oct. 2010. <http://www.ac6v.com/morseaids.htm>
  • Editors. "Lost plane found in Andes." BBC News. British Broadcasting Corporation, 26 Jan. 2000. Web. 29 Oct. 2010. <http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/618829.stm>
  • NOVA Online. "1947 Official Accident Report." Vanished! Teacher's Guide and Resources. WGBH Science Unit, 30 Jan. 2001. Web. 28 Oct. 2010. <http://www.pbs.org/wgbh/nova/vanished/sten_report.html>
  • Rayner, J. Star Dust Falling: The Story of the Plane that Vanished. New York: Doubleday, 2002.
  • Ruffin, S. Aviation's Most Wanted: The Top 10 Book of Winged Wonders, Lucky Landings. Herndon: Brassey's, 2005. 26.
  • Taylor, M. Jane's Encyclopedia of Aviation, Volume 2. New York: Crescent Books, 1980. 257.
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Posté le 15 novembre 2010 |  Auteur : Brian Dunning  |  Traduction : Stanislas Francfort

Commentaires
  • Mangouste.org Mangouste.org, le 05 mars 2017 à 12:09
    Simplement en envoyant trois fois le message avant de s'ecraser... Vous partez de l'hypothese que lorsque la montagne est sortie des brumes il ne leur est reste que quelques secondes avant le crash. Cette hypothese est fausse car ils ont pu envoyer trois fois le message avant de ne plus pouvoir emettre. Comme vous dites, La science !! :-)
  • chapt, le 09 février 2017 à 22:14
    mmcomment se fait t'il qu'il aie eu le temps de faire 3 fois la manip, ils se sont écrasés 3 fois allons allons un peu de sérieux messieurs la science, la science.
  • Mangouste.org Mangouste.org, le 13 février 2015 à 11:18
    Merci al95 pour ce commentaire. Je suis d'accord avec vous pour dire qu'il y a suffisament de mystères dans le monde pour pouvoir écarter ceux qui ne le sont pas. C'est d'ailleurs exactement ce qui est dit dans l'article.
  • Al95, le 13 février 2015 à 10:43
    Le pilote de l'avion était le Commander Mr. R. J. Cook. Il était accompagné par le First Officer Mr. N. H. Cook et le Second Officer Mr. D. Checklin.
    Harper (et non pas Harmer), dit "le gringo" était le contrôleur de trafic aérien au micro depuis l'aéroport de Santiago. Le mot "Stendec" a été enregistré et analysé comme le début du mot "stand by" plus le "crack" d’écrasement de l'avion.
    Il y a suffisamment de mystères dans le monde pour pouvoir écarter ceux qui ne le sont pas.
    Over and out!
  • al95, le 13 février 2015 à 10:29
    Oubliez le morse!
    Le contact a été fait par radio.
    Le mot "Stendec" est composé du début du mot "stand by" et du coup du micro (et de l'avion) contre la paroi rocheuse; "stand-CRACK!"
    Évidement, si vous préférez croire aux mystères galactiques...



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