Les hommes en noir (Men in Black)

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Un éclairage sur ces mystérieux agents du gouvernement qui viendraient intimider les personnes témoignant avoir vu des soucoupes volantes.


Cet article est une traduction de l'article Men in Black.
Posté avec la permission de Skeptoid Media. © 2014 Skeptoid Media, Inc. Copyright information.

Ils ont inspiré des blockbusters hollywoodiens avec Will Smith et Tommy Lee Jones. Ils sont des personnages récurrents dans la série X-Files, et sont à l’origine de toute une série de bandes dessinées. Ils volent à bord d’hélicoptères noirs et patrouillent dans des berlines également noires et sans marque constructeur. On rapporte qu’ils ont harcelé et menacé des citoyens innocents depuis les années cinquante, et certains disent même qu’ils circulent dans votre quartier en ce moment. Si vous déclarez ouvertement avoir vu un OVNI, vous pouvez vous attendre à recevoir la visite terrifiante de ces bizarres personnages tout vêtus de noir, et qui pourraient - ou ne pourraient pas - travailler pour le gouvernement.

« Ils », ce sont bien sur les Hommes en Noir (« Men in Black » en anglais).

Les visites étranges de ces agents du gouvernement font partie depuis longtemps du folklore tournant autour des OVNIs. Il existe beaucoup d’histoires mentionnant des hommes à l’allure martiale qui fouinent autour des lieux ou un OVNI a été aperçu, et qui incitent des témoins à rester discrets. Mais tous ces récits ne rassemblent seulement qu’une partie de l’histoire des Hommes en Noir. Ceux qui surgissent tard le soir à la porte des témoins d’OVNIs, et qui les intimident, les interrogent et les menacent, sont souvent décrits comme ayant des caractéristiques hors normes. Ainsi leur peau est parfois sombre, parfois anormalement pâle, quelquefois leurs yeux sont d’une couleur improbable, ou bien leur corps est dépourvu de poil. Souvent leurs vêtements et véhicules sont décrits comme neufs ou comme utilisés pour la première fois. L’écrivain Robert Goerman spécialiste du Paranormal a collecté un certain nombre de ces histoires dans un de ses articles « Menace in Black » :

Gray Barker
Gray Barker
(Photo credit: Gray Barker Collection, Clarksburg-Harrison Public Library)

« Shearer réussi à s’approcher du visage. Il n’avait ni cils ni sourcils, aucun signe de barbe. Celui qui parlait s’adressa à lui en utilisant son nom et spécifia qu’ils voulaient discuter avec lui au sujet de l’OVNI qu’il avait vu en lui donnant les détails sur la date et l’heure de l’observation. Shearer resta perplexe et se demanda comment ils avaient pu avoir cette information mais refusa de les laissait entrer. Shearer leur demanda un document d’identification, mais le visiteur l’ignora et lui redemanda s’ils pouvaient entrer. C’était comme si ce personnage pouvait seulement utiliser une sélection limitée de phrases types ».

« Deux hommes dans la vingtaine rendirent visite à Richardson et le questionnèrent brièvement. Ils ne dirent jamais qui ils étaient, et Richardson, à sa grande surprise, ne leur demanda jamais de s’identifier. Il nota qu’ils partirent au volant d’une Cadillac noire de 1953. La plaque d’immatriculation, après vérification, ne correspondait à aucune voiture en service ».

« A 5h30 de l’après-midi quelqu’un frappa à la porte. Un représentant du « Bureau des Héritiers Perdus » dit qu’il était à la recherche d’Edward Christiansen qui avait hérité d’une somme importante d’argent. Cet enquêteur habillé tout en noir mesurait au moins deux mètres de haut, avait une imposante carcasse, des yeux thyroïdiens, une peau blanche cadavérique et des membres semblables à des tuyaux. Ses chaussures avaient des semelles inhabituellement épaisses. En dépit de sa taille, le visiteur parlait avec une petite voix haut perchée sur un ton monocorde dénuée d’émotion, avec des phrases découpées comme l’aurait fait un ordinateur ».

« Le pantalon trop court de l’enquêteur avait remonté le long de sa jambe osseuse et un épais fil de fer vert sortait de sa chaussette pour disparaitre sous la jambe du pantalon. Le câble semblait relié à un point de sa jambe qui était couvert par un grand bouton marron. Quand le visiteur quitta la maison et atteignit la route, il leva la main en guise de signal et une Cadillac noire vint se ranger à côté de lui tous feux éteints. L’inconnu monta dans la voiture qui repartit, toujours sans lumières ».

Les histoires sur les Hommes en Noir, entendues maintes et maintes fois, ne ressemblent cependant qu’à des contes. Bien que beaucoup des témoins semblaient plutôt sincères, aucun Homme en Noir n’a jamais été photographié, ni même filmé par une caméra de surveillance, et aucune mystérieuse plaque d’immatriculation n’a jamais été enregistrée. Bien entendu, s’il s’agit de personnages omniscients comme les rapports l’indiquent, il est probable qu’ils anticipent leurs actions et fassent tout pour dissimuler leur présence et faire disparaitre leurs traces. C’est ce qui fait des Hommes en Noir un phénomène intéressant qui classe l’ensemble du sujet dans la catégorie de la plaidoirie : de par la nature même des faits décrits, aucune preuve n’existe pour les étayer ou les contredire. Ce contexte particulier rend difficile de mener une investigation sceptique afin de tenter d’établir la validité de ces récits.

Mais ici à Skeptoid, nous ne sommes pas complètement sans ressources. En étudiant la littérature secondaire, typiquement les livres d’origine qui se rapportent au sujet, nous avons trouvé que la première fois qu’apparaissait le terme d’Hommes en Noir se trouvait dans un livre de non-fiction s’intitulant « Ils en savaient trop sur les soucoupes volantes » écrit par un auteur spécialisé dans les OVNIs du nom de Gray Barker (1925 – 1984). Le livre prétend rapporter la véritable et dramatique histoire d’un Ufologue qui a été menacé par des agents du gouvernement lui demandant d’arrêter ses recherches et d’écrire des articles sur les OVNIs. C’est un livre surprenant qui raconte une histoire plutôt saisissante. Le livre de Barker devint ainsi l’origine séminale des Hommes en Noir dans la mythologie sur les OVNIs. Depuis sa publication, il a été pris comme référence par pratiquement tous les auteurs s’intéressant aux OVNIs. De plus, pour vous donner une idée de l’influence de Gray Barker parmi les Ufologues, il est cité plus d’une douzaine de fois dans les publications de 1969 portant sur la recherche scientifique de l’US Air Force à savoir, « OVNIs et sujets associés : une bibliographie annotée ».

Malheureusement Barker était un créateur manifeste de contre-vérités, à moins que ce ne soit carrément un escroc. Son œuvre entière est un patchwork d’histoires inventées et de mensonges. Dans une série d’articles parus dans le magazine Skeptical Inquirer, l’auteur John Sherwood confessa sa longue histoire d’apprenti écrivain qui commença sous la tutelle de Barker. Celui-ci ne cessait de l’encourager à édulcorer et à sensationnaliser ses histoires. Sherwood surprit même Barker donnant des coups de téléphone, en maquillant sa voix, à des honnêtes chercheurs en Paranormal tel que John Keel, pour témoigner d’étranges phénomènes, dans le but de créer un début d’histoire. Barker agissait en toute conscience, en disant même à Sherwood qu’il « prenait plutôt toute l’étude des OVNIs pour une blague ». Sherwood écrivit à propos de Barker :

« … (il) colportait ses livres et ses magazines après avoir enjolivé les histoires et encourageait les autres à faire de même. Il lançait des canulars, participait à la tromperie des autres, et manipulait les croyances des gens ».

Pour exemple, en 1957 Barker et son ami Jim Moseley écrivirent une lettre frauduleuse soit disant en provenance du Département d’Etat américain, et l’envoyèrent à George Adamski, un émigré polonais qui croyait avoir été enlevé par des Aliens. La lettre était rédigée à Adamski en ces termes :

« … le Département… encourage votre travail et votre communication sur ce que vous pensez que le public américain devrait certainement savoir ».

Adamski continua dûment son plaidoyer public envers les OVNIs, en faisant étalage de la lettre comme une preuve que le Gouvernement confirmait leur existence. Barker écrivit ensuite un autre livre, « Le livre d’Adamski par Gray Barker », où est rapporté cette histoire qu’il a lui-même inventée. Pour aller encore plus loin, Barker et Moseley montèrent un film canular en 1966 en utilisant une soucoupe en céramique tenue par une canne à pêche. Barker réussi à vendre ce film par la suite.

Nous avons donc de bonnes raisons d’être sceptique sur l’origine des Hommes en Noir tel qu’ils sont décrits par Gray Barker dans « Ils en savaient trop sur les soucoupes volantes ». Mais Barker avait tendance à nourrir sa propre fiction à partir de références issus de rapports réels, où les Hommes en Noir mentionnés n’étaient pas très différents de ceux de Barker. Dans ce cas, ces références avaient pour origine un de ses premiers éditeurs, un homme étrange nommé Albert K. Bender (1921 – 2002).

En 1952 Barker était un jeune écrivain enthousiaste de 27 ans débordant d’idées. Il trouva un éditeur pour ses premières histoires dans un périodique appelé la Revue de l’Espace, le bulletin d’information du grandiloquent Bureau International des Soucoupes Volantes. Ce « Bureau » n’était constitué que d’une seule personne, Albert Bender, qui avait pour profession chronométreur dans une usine. Bien qu’étant âgé d’une trentaine d’années, Bender vivait avec son beau-père dans une chambre qu’il appelait sa Chambre des Horreurs. Celle-ci était en effet décorée de ses propres peintures de goules et de crânes, et baignait dans une ambiance d’effets sonores issus d’un phonographe. Une de ses inspirations majeures provenait du souvenir exaltant de la récupération de cadavres dans la mer quand il était dans l’US Air Force. Il revendiquait avoir du sang indien ainsi qu’être l’héritier de pouvoirs de sorcellerie, et se relaxait en communiquant par télépathie avec des personnes du monde entier. Par ailleurs, pendant ses temps libres, Bender éditait la Revue de l’Espace. Gray Barker cibla très tôt Bender et sa Revue de l’Espace qui était à la fois un moyen de diffusion et une source d’inspiration. Dès 1953 Bender nomma Barker Enquêteur en Chef, et se fia à lui pour presque tout le contenu de la Revue de l’Espace.

Plus tard la même année, un document appelé Rapport du Panel Robertson fut diffusé par la CIA : il détaillait les conclusions issues d’un panel spécial qui avait passé en revue le Projet Livre Bleu. Ce projet devait déterminer à partir de rapports sur les OVNIs, s’il y avait une menace potentielle pour la sécurité nationale. La conclusion était qu’il n’y avait pas de menace du tout. Cependant, enfoui profondément dans ce rapport, il était fait référence aux groupes d’individus s’enthousiasmant pour les OVNIs :

« Le Panel a pris connaissance de l’existence de groupes tels que « Les Enquêteurs civils sur les Soucoupes Volantes » (Los Angeles) et « l’Organisation pour la Recherche sur les Phénomènes Aériens » (Wisconsin). Il faut rappeler que de telles organisations devraient être surveillées du fait de leur potentielle influence sur ce que penserait la population si des observations multiples devaient avoir lieu. L’apparente irresponsabilité et l’utilisation possible de tels groupes à des fins subversives devraient être prises en compte ».

Bender était obsédé par de tels documents, et celui-ci avait comme activé le nerf de sa paranoïa. En septembre il avertit le journal Bridgeport Herald qu’il allait fermer son Bureau International sur les Soucoupes Volantes immédiatement, suite à une visite effrayante. L’article disait :

« Bender rapporta que « trois hommes portant des costumes noirs » vinrent chez lui en lui montrant ostensiblement qu’ils étaient les représentants d’une « plus haute autorité », et lui posèrent beaucoup de questions à propos du Bureau International sur les Soucoupes Volantes… Ils lui dirent « pas de manière grossière, mais gravement et de manière empathique », de cesser de publier des informations sur les soucoupes volantes ».

Bender prétendit également que la prédiction annoncée à la télévision comme quoi le gouvernement américain allait faire une déclaration au sujet des soucoupes volantes le 10 décembre 1953, était basé sur des écrits de Nostradamus.

Pendant les neuf années qui suivirent, Bender refusa de donner plus de détails sur les trois hommes. Cependant il brisa le silence en 1962 quand Barker le persuada d’écrire en détail ce qui s’était passé (pour le compte de la propre maison d’éditions de Barker). Bender appela ce recueil Les Soucoupes volantes et les trois hommes. Ce volume était pour le moins bizarre. Bender y prétendait qu’il avait appris la vérité sur les soucoupes volantes grâce a une projection astrale de lui-même jusqu’à une base souterraine secrète située en Antarctique, et peuplée d’Aliens répartis selon trois genres. La visite des trois hommes était une visite psychique. Albert Bender, en plus d’être excentrique, souffrait probablement de désordre délirant.

Mais Barker n’en faisait pas grand cas. A partir du moment où Bender ferma son entreprise (ndt Le Bureau International des Soucoupes Volantes), Barker écrivit un livre entier « Ils en savaient trop sur les soucoupes volantes ». Il y donnait sa propre version de Bender en proie à ces mystérieux agents du gouvernement qu’il avait même habillé de la tête aux pieds depuis que Bender refusait de donner plus de détails. Toute cette histoire sur laquelle la totalité du folklore des Hommes en Noir est basé, provient d’une fiction imaginée par Gray Barker, fiction elle-même issue du seul récit d’un homme probablement malade mentalement. Ce fut véritablement un détestable cas d’exploitation, mais qui fonctionna jusqu’à donner naissance à une légende. Sherwood écrivit :

« La prose de Barker donna à l’histoire de Bender suffisamment de crédibilité pour construire une légende urbaine : d’étranges appareils sont observés mais, après que des hommes tout vêtus de noir soient sortis de leur énorme auto, les témoins se taisent ».

Les Hommes en Noir, ces individus étranges, pâles et à moitié Aliens, sont-ils réels ? Ils l’étaient en tout cas dans l’esprit troublé d’Albert Bender. Mais à l’évidence, des employés du Gouvernement de ce type existent ou ont existé, au moins pendant le Projet Livre Bleu quand ont été interrogés sur le terrain les personnes disant avoir vu des soucoupes volantes. Mais il faut remarquer qu’aucune de ces personnes n’a jamais déclaré avoir été menacé ou intimidé d’aucune façon. Les Hommes en Noir restent néanmoins une distraction pour les amateurs de cinéma d’aujourd’hui, ainsi qu’une source d’inspiration pour les auteurs comme Gray Barker et tous ceux qui l’ont suivi. Malheureusement, ils sont aussi l’évidence de tourments bien réels de personnes telles que l’était Albert Bender, qui souffrent de détresse paranoïaque.

Le point de vue de mangouste.org sur cet article :

L’engouement pour ces Hommes en Noir créé dans les années cinquante, et qui ont depuis réussi à trouver un public enthousiaste et grandissant, tient principalement du fait que ces individus agissent sous couvert du Gouvernement. Ainsi ces personnages sont les petites mains d’un Etat qui sait mais qui se tait, et qui cherche à tout prix pour des raisons obscures, à maintenir la population dans l’ignorance.

En effet, beaucoup de théories du complot se construisent sur l’idée d’un asservissement insidieux et injuste des populations afin de permettre une prise de contrôle globale par l’Etat, par des extra-terrestres, par d’avides multinationales ou bien encore par des sectes en tous genres. En ce sens, les Hommes en Noir n’ont aujourd’hui pas pris une ride dans une époque ou des théories complotistes naissent et se propagent à la vitesse d’un clic de souris.

Références
    • Barker, G. They Knew Too Much about Flying Saucers. New York: University Books, 1956.
    • Beckwith, E. “Don’t Be Afraid, Darling; It’s Bender.” Bridgeport Sunday Herald. 25 May 1952, Newspaper: 21.
    • Bender, A. Flying Saucers and the Three Men. Clarksburg: Saucerian Books, 1962.
    • Catoe, L. UFOs and Related Subjects: An Annotated Bibliography; Volume 19, Issue 2. Washington, DC: Science and Technology Division, United States Air Force, Office of Scientific Research, 1969.
    • Goerman, R. “Menace in Black.” Robert A. Goerman. Robert A. Goerman, 21 Feb. 2013. Web. 21 Feb. 2013. http://robertgoerman.tripod.com/mib/
    • Houchin, D. “Gray Roscoe Barker.” The Gray Barker UFO Collection. Clarksburg-Harrison Public Library, 1 Dec. 2011. Web. 21 Feb. 2013. http://clarksburglibrary.info/gbarker.html
    • McCollum, L. “Mystery Visitors Halt Research; Saucerers Here Ordered to Quit.” Bridgeport Sunday Herald. 22 Nov. 1953, Newspaper.
    • Sherwood, J. “Gray Barker’s Book of Bunk: Mothman, Saucers, and MIB.” Skeptical Inquirer. 1 May 2002, Volume 36, Number 3: 39-44.
    • Sherwood, J. “Gray Barker: My Friend, the Myth-Maker.” Skeptical Inquirer. 1 Jan. 1998, Volume 22, Number 3: 37-39.
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Posté le 31 décembre 2017 |  Auteur : Brian Dunning  |  Traduction : Fabrice Mevel

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