Un voyage extaordinaire au pays des raisonnements fallacieux - 2eme partie

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La seconde partie de notre exploration des raisonnements fallacieux.


Cet article est une traduction de l'article A Magical Journey through the Land of Logical Fallacies - Part 2.
Posté avec la permission de Skeptoid Media. © 2014 Skeptoid Media, Inc. Copyright information.

Aujourd'hui nous allons continuer notre exploration de la jungle des raisonnements fallacieux, alors aiguisez votre machette et suivez moi pendant que je taille et je coupe dans tout ce bordel. Si vous n'avez pas écouté l'épisode de la semaine dernière, je vous rappelle que nous avons balayé un grand nombre de raisonnements fallacieux parmi les plus fréquents. Ceux qui sont communément utilisés par des tenants d'une thèse qu'il est impossible de soutenir avec des observations, à l'image de la plupart des pseudo-sciences et des théories du complot. Heureusement, vous habituer à ces procédés vous aidera à les identifier dans une conversation. Ainsi, lorsque vous en aurez repéré un, vous pourrez désarmer votre opposant de son arme qui lui est le plus utile. Si vous devez participer à un débat, cantonnez vous à des arguments valides. Ne soyez jamais pris en flagrant délit d'utilisation de raisonnements fallacieux.

Nous nous sommes arrêtés la semaine dernière avec l'argument post hoc et avec celui de la pente glissante. Nous allons continuer avec :

Le faux dilemme (Excluded Middle)

Le faux dilemme donne le choix entre deux positions extrêmes, dont une seule est acceptable, alors qu'une position modérée serait préférable. Un exemple du faux dilemme est exprimé ainsi : soi toutes les théories de la création du monde doivent être enseignées à l'école, soi aucune. Ces deux possibilités sont effrayantes, et peuvent persuader quelqu'un de choisir la moins pire, et ainsi autoriser l'enseignement des théories religieuses de la création au même égard que les théories scientifiques. En fait, il s'agit d'un faux dilemme et la position préférable consistant à enseigner la théorie scientifique en cours de science et la théorie religieuse en cours de religion n'est pas proposée.

Le faux dilemme est une utilisation de ce qui est appelé plus formellement reductio ad absurdum, ou preuve par l'absurde. Ce type de raisonnement est valide et rigoureux quand effectivement il n'existe pas de position alternative entre les deux extrêmes, ce qui n'est pas le cas du faux dilemme. En outre, le logicien Bertrand Russel a montré par un exemple devenu célèbre comment il était possible de déduire de manière fallacieuse n'importe quelle conclusion fausse à partir d'une prémisse absurde.

Starling dit : "Supposons que 1 = 0, prouve-moi que tu es le pape."
Bombo répond : "Ajoute 1 des deux côtés de l'équation : cela donne que 2 = 1. L'ensemble contenant le pape et toi a deux éléments, Mais 2 = 1, donc il a un unique élément ; donc tu es le pape.

Gardez simplement à l'esprit que si votre contradicteur ne vous offre le choix qu'entre deux extrêmes et que cela vous semble absurde, c'est qu'il omet de vous proposer une position modérée, se situant quelque part entre les deux. Ne tombez pas dans le piège.

La statistique des petits nombres (Statistics of Small Numbers)

Il est vraiment nécessaire de prendre des cours de statistique pour comprendre les statistiques, et je pense qu'il y a un grand nombre de personnes qui seraient étonnées par la quantité de connaissance concernant la taille des échantillons. Étant donnée une population d'une certaine taille, combien de personnes doit on prendre en compte pour avoir un échantillon représentatif ? J'ai suivi la moitié d'un cours de statistiques étant étudiant, et j'ai pu en comprendre suffisamment pour m'apercevoir que presque tous les sondages que vous pouvez voir sur internet, ceux que vous pouvez lire dans les journaux ou aux informations télévisés ne sont pas fiables.

Cependant les résultats des statistiques concernant la taille des échantillons vont bien au delà de ce qui concerne les sondages. Tirer une conclusion d'un échantillon trop petit pour être représentatif est courant en pseudo-science. Écoutez Bombo faire mauvais usage de quelques observations basées sur des échantillons de trop petit taille, et donc qui ne sont pas représentatives.

"Je viens tout juste de faire un double six aux dés. Ces dés sont vraiment bons."
"Mon voisin est un mormon et il boit du vin, donc j'en conclus donc que les mormons ne sont pas fidèles à leur tradition de ne pas boire d'alcool."
"Je suis allé chez le chiropracteur et je me sens mieux, donc la chiropratique fonctionne."

Dénomination équivoque (Weasel Words)

En ce qui concerne un concept controversé comme le créationisme, le rebaptiser avec les mots plus acceptables de 'Intelligent Design' ou 'Dessein Intelligent' est ce que l'on appelle faire une dénomination équivoque. Désigner par les mots "la vérité du 11 Septembre" ce qui concerne les théories du complot est aussi une utilisation d'une dénomination équivoques. Clairement, ici il n'est pas question de vérité, bien que la dénomination essaie de le suggérer.

La dénomination équivoque est une des méthodes favorites des politiciens. Regardez attentivement le nom des programmes des gouvernements et observez que ceux-ci signifient exactement le contraire de ce que leur nom veut dire : les lois Patriot Act, No child Left Behind, Affirmative Action que l'on peut traduire respectivement par Loi Patriote, Aucun enfant laissé de côté, Action Positive. D'après le nom qui a été donné à certains programmes, il semble virtuellement criminel de s'y opposer.

La dénomination équivoque peut aussi désigner une construction sournoise de phrases comme les suivantes : "cela a déjà été déterminé" ou "c'est évidement cela", suggérant la référence à une justification sans pour autant la donner.

Sophisme de la conséquence (Fallacy of the Consequent)

Déduire une relation de cause à effet invalide en inversant le sens de la relation est appelé Sophisme de la conséquence. Les cancers sont tous des maladies, mais toutes les maladies ne sont pas des cancers. Dire que si vous avez une maladie alors ce doit être un cancer est un sophisme de la conséquence.

Écoutez comment Bombo reproche à Starling de ne pas s'être soigné en prenant un traitement donné, sans se poser la question de savoir si le traitement est valide ou non pour la maladie de Starling :

Starling: "Je suis en train mourir de la peste bubonique."
Bombo: "Tu n'as pas bu suffisamment de jus d'herbe de blé."

Même en supposant que le jus d'herbe de blé est un traitement efficace pour quelque chose, ça n'en fait pas pour autant un traitement efficace pour quoique ce soit. Donc la suggestion de Bombo que la maladie de Starling est dû au fait qu'il n'a pas pris son traitement de jus d'herbe de blé est un sophisme de la conséquence.

Question surchargée (Loaded Question)

Une question surchargée, est un ensemble de questions empaquetées dans une seule, appelé aussi plurium interrogationum. Si je veux vous forcer à répondre dans un certain sens, je peux empaqueter ma question avec une autre qui offrira uniquement le choix de répondre dans le sens qui m'arrange. Par exemple :

"Est-ce la première fois que vous avez tué quelqu'un ?"
"Doutez-vous en permanence de la vérité de la bible ?"
"Est-ce agréable de ne pas avoir l'obligation laborieuse de se doucher ?"

La réponse à chacune de ces questions vous forcerai à répondre ce que je cherche à vous faire dire : que vous avez déjà tué quelqu'un, que vous doutez de la vérité de la bible ou que vous ne vous douchez pas. Les questions surchargées ne doivent pas être tolérées et on ne devrait pas y répondre.

Le chiffon rouge (Red Herring)

Le chiffon rouge est une diversion insérée dans l'argument afin de distraire l'attention loin du vrai sujet. En anglais, ce sophisme s'appelle 'red herring' c'est à dire 'hareng rouge'. Cela vient peut être du fait qu'il est prétendu qu'il est possible de distraire les chiens loin de la vraie piste d'un renard en traînant un hareng en travers du chemin. Le chiffon rouge est une des méthodes préférées de partisans de théories du complot.

Starling : "Les hommes sont allés sur la lune en 1969."
Bombo : "Mais ne trouves-tu pas étrange que Werner von Braun soit allé en expédition géologique en Antarctique seulement quelques années auparavant ?"

Starling : "Les attentats du 11 Septembre ont été perpétrés par des terroristes islamistes."
Bombo : "Mais ne trouves tu pas étrange que Dick Cheney ait des contacts professionnels au moyen orient ?"

Le chiffon rouge est une méthode fallacieuse car il n'adresse pas le vrai sujet qui est débattu. Il préfère au contraire distraire du vrai sujet, et ainsi donner l'apparence que la vraie raison est ailleurs. L'utilisation abusive du chiffon rouge par les partisans des théories du complot à la place de vrais arguments est extrêmement répandue, beaucoup trop répandue.

Le déluge d'information (Proof by Verbosity)

Le déluge d'information, aussi appelé argumentum ad nauseam consiste à submerger d'informations et de désinformation de telle façon qu'il est impossible de répondre à chacune d'entre elles. Pour gagner un débat il n'est pas nécessaire d'avoir de réels arguments pour défendre un point de vue. Il suffit de jeter suffisamment de trucs à la tête pour que personne ne puisse répondre à chacune.

Il s'agit du moyen favori des tenants de théories du complot. Le très grand nombre de on-dit et de petits bouts d'information qu'ils lancent aléatoirement donne l'impression que leur point de vue a largement été investigué et est appuyé par de multiples évidences solides. Cependant il y a de fortes chances que chacun des bouts d'information n'est qu'un chiffon rouge, mais comme il y en a tellement il est sans espoir (et aussi sans intérêt) de répondre intelligemment à chacun. L'argument parait donc solide, puisqu'il est à l'épreuve de la réfutation détaillée. Il n'est pas possible de construire un argument convaincant en utilisant le déluge d'information, mais il est possible de construire une argumentation irréfutable.

Empoisonnement du puits (Poisoning the Well)

Quand vous commencez un commentaire en glissant de manière cordiale un argument péjoratif envers votre contradicteur, ou envers son point de vue, vous êtes en fait en train d'empoisonner le puits. Un exemple fréquent est la façon dont les partisans du dessein intelligent font référence à la théorie de l'évolution en l'appelant Darwinisme, comme si il s'agissait d'une dévotion à un chercheur donné. Ou encore :

"Et maintenant écoutons le même vieil argument pour lequel nous devrions croire que les Objets Volant Non Identifiés viennent de l'espace intersidéral."
"La star de la télé, prétendue voyante Sylvia Browne nous le raconte dans son nouveau livre."

Si vous écoutez régulièrement le podcast skeptoid, vous savez que j'empoisonne le puits tout le temps. C'est une de mes méthodes favorites. Cependant je ne l'utilise que comme un amusement, mais pas comme un argument sérieux.

La raison de la majorité (Bandwagon Fallacy)

Aussi appelé l'argumentum ad populum (appel au peuple) ou argument du consensus, la raison de la majorité dit que si la plupart des gens font quelque chose, alors vous devriez faire de même. Si la plupart des gens croient quelque chose ou agissent d'une certaine façon, c'est parce que cela doit être correct.

"Tout le monde sait qu'O.J. Simpsons est coupable ; il devrait donc aller en prison."
"Plus de 700 scientifiques ont signé 'Dissent from Darwin' (N.d.T. il s'agit d'un site web faisant un appel à signature contre la théorie de l'évolution), donc vous devriez reconsidérer votre point de vue sur la théorie de l'évolution.

La raison de la majorité peut aussi être utilisé dans l'autre sens ; si il y a trop peu de personnes qui croient quelque chose, alors ce ne peut pas être vrai.

Starling : "La série télé Firefly était vraiment sympa."
Bombo : "Tu rigoles ? Presque personne ne l'a regardé."

Rendez-vous compte du nombre de croyances surnaturelles qui sont fermement défendues par une grande majorité de la population mondiale, et la faiblesse de la raison ou des arguments qui fait que cette majorité y croit, et la raison de la majorité vous apparaîtra sous un nouveau jour. La majorité a parfois raison, mais la plupart du temps nous ne devons pas lui faire confiance.

Ceci conclut notre petit tour des raisonnements fallacieux. Il y en a certainement de nombreux autres, mais ceux-ci sont les plus fréquents. Parmi ceux qui n'ont pas été traités, beaucoup sont des sous-catégories de ceux que nous venons de voir. Apprenez comment fonctionnent ces raisonnements fallacieux et vous deviendrez familiers avec eux. Vous vous apercevrez que vous les reconnaîtrez et ainsi dans presque toutes les discussions où vous les repérerez, vous serez bien équipés pour les court-circuiter. Vous pourrez alors demander à votre interlocuteur d'utiliser un argument non fallacieux à la place. Agir ainsi écarte la plupart des arguments qui défendent des points de vus qui ne sont pas basés sur des évidences, et ainsi cela vous place en position forte pour débattre contre ceux-ci.

Références
  • Kahane, Howard; Cavender, Nancy. Logic and Contemporary Rhetoric: The Use of Reason in Everyday Life. Belmont: Thomson Higher Education, 2006. 155-156.
  • Morier, Dean; Keeports, David. "Normal science and the paranormal: The effect of a scientific method course on students' beliefs." Research in Higher Education. 1 Jul. 1994, Volume 35, Number 4: 443-453.
  • Porter, Burton Frederick. The Voice of Reason: Fundamentals of Critical Thinking. New York: Oxford University Press, 2002.
  • Sagan, Carl; Druyan, Ann. The Demon-Haunted World: Science as a Candle in the Dark. New York: Random House, Inc., 1996.
  • Urdan, Timothy C. Statistics in Plain English. Mahwah: Lawrence Erlbaum Associates, Inc., 2005.
  • Walton, Douglas. Informal Logic: A Pragmatic Approach. New York: Cambridge University Press, 2008.
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Posté le 04 juin 2013 |  Auteur : Brian Dunning  |  Traduction : Stanislas Francfort

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